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Priorité à l’autosuffisance alimentaire plutôt qu’à l’exportation

Nous assistons à un tournant où il devient impératif de reconsidérer nos priorités nationales, en particulier dans le secteur agricole. Selon le géographe et chercheur tunisien Habib Ayeb, spécialiste en agroécologie, l’agriculture doit être réorientée vers la satisfaction des besoins alimentaires internes plutôt que de servir simplement les intérêts économiques liés à l’exportation.

Dans une interview accordée à l’agence TAP, Ayeb pointe du doigt les conséquences dévastatrices des choix agricoles actuels sur la population, l’environnement et les ressources naturelles du pays. Il plaide en faveur de l’agroécologie comme une approche plus durable et respectueuse de la nature, remettant en question les politiques actuelles qui favorisent davantage le profit financier au détriment de la sécurité alimentaire.

Lors de l’interview, Habib Ayeb souligne le fait que les politiques agricoles actuelles en Tunisie sont plus orientées vers le business que vers la satisfaction des besoins de la population. Il critique vivement l’approche de l’agriculture intensive, affirmant que l’idée de gagner contre la nature est une illusion dangereuse. L’exportation intensive, en particulier de produits nécessitant une irrigation importante dans un contexte de menace de sécheresse, est qualifiée d’absurde et doit être strictement limitée.

Un exemple frappant est celui des fraises produites en Tunisie destinées à l’exportation, malgré les conditions climatiques locales et la menace de sécheresse. Ayeb souligne le paradoxe de gaspiller des ressources vitales, telles que l’eau, pour des productions destinées principalement à l’exportation, au lieu de répondre aux besoins locaux de la population.

Un autre exemple notable concerne l’huile d’olive, où la Tunisie, en tant que principal producteur mondial, exporte une huile de qualité extraordinaire tout en vendant localement à des prix souvent inaccessibles pour de nombreux Tunisiens. Ayeb souligne que les ressources agricoles, telles que l’eau et les terres, doivent être utilisées pour nourrir la population plutôt que pour enrichir une minorité.

Ayeb propose des réformes audacieuses s’il avait le pouvoir de décider pour l’agriculture tunisienne. Il plaide pour une interdiction stricte de l’irrigation destinée à l’exportation, encourageant plutôt la préservation des oasis anciennes appartenant aux familles paysannes. Il insiste sur le soutien aux paysans pour produire et multiplier les semences locales, tout en prônant progressivement l’interdiction des produits chimiques.

Quant aux élevages intensifs, Ayeb recommande leur interdiction, soulignant que l’agriculture ne devrait pas être utilisée comme un simple business. Il estime qu’une réforme agricole et agraire radicale est nécessaire, fixant des limites de propriété en fonction de la qualité des sols, de la pluviométrie et de la disponibilité d’eau souterraine.

Interrogé sur la nécessité de générer des revenus par l’exportation, Ayeb souligne que la priorité doit être donnée à la santé, au bien-être des citoyens et au respect de leurs droits fondamentaux à une alimentation équilibrée, à une eau suffisante, à un environnement sain et à la biodiversité.

En réponse à la question du temps nécessaire pour mettre en œuvre de telles réformes, Ayeb est réaliste, estimant que dix ans serait une période appropriée pour réviser et réformer l’ensemble du système agricole. Il insiste sur la nécessité de fixer des priorités, d’établir un projet global avec des experts engagés, et de mettre en œuvre rapidement des changements pour redonner aux paysans leur dignité et rétablir l’agriculture paysanne dans son rôle essentiel.

Ayeb met également en avant le rôle crucial des citoyens dans la promotion d’une consommation responsable, tout en soulignant que la responsabilité fondamentale réside dans le respect des droits à une alimentation saine et équilibrée.

Enfin, Ayeb met en garde contre les impacts des changements climatiques, soulignant que le retour à des pratiques agricoles durables est essentiel pour faire face à ces défis. Son dernier documentaire en cours, « En attendant la Pluie », exprime un cri de colère contre l’attente passive et souligne l’urgence d’agir pour assurer la dignité des personnes et la souveraineté alimentaire du pays.

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