samedi 13 décembre 2025
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cochenille cactus
cochenille cactus - ph : DR

Face à la cochenille, l’avenir du figuier de barbarie tunisien en péril

Depuis son apparition à Mahdia en 2021, la cochenille du cactus (Dactylopius opuntiae) s’est rapidement propagée à travers le territoire tunisien, menaçant gravement la filière du figuier de barbarie. En juin 2025, neuf gouvernorats sont officiellement touchés, dont Sidi Bouzid, Kairouan, Nabeul, Kasserine et Siliana. Cette infestation a causé la destruction de milliers d’hectares de plantations, mettant en péril une culture emblématique de l’agriculture tunisienne, à la fois source de revenus, de fourrage et de lutte contre l’érosion.

Une propagation alarmante et difficile à contenir

La cochenille du cactus est un insecte ravageur particulièrement agressif, qui s’attaque aux raquettes du figuier de barbarie en les recouvrant d’une masse blanche cotonneuse. Elle se nourrit de la sève de la plante, provoquant son dessèchement progressif et, dans les cas les plus graves, sa mort. Selon les observations de terrain et les données recueillies par les services agricoles régionaux, la vitesse de propagation de l’insecte est préoccupante, notamment dans les zones à forte densité de plantations.

D’après l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), les traitements chimiques appliqués depuis 2022 n’ont permis qu’un ralentissement temporaire de la progression. Comme l’a souligné Adel Karim, membre du bureau exécutif de l’UTAP, lors d’une déclaration en juin 2025 : « Il est impossible de stopper totalement la cochenille, mais on peut contenir sa progression ». Cette déclaration reflète le sentiment général des agriculteurs confrontés à une lutte complexe et coûteuse.

Des méthodes de lutte encore limitées

Face à l’ampleur de l’infestation, les autorités agricoles ont mis en place plusieurs dispositifs d’intervention, principalement basés sur des traitements chimiques localisés et des opérations de nettoyage manuel. Ces méthodes, bien qu’utiles à court terme, restent insuffisantes pour enrayer durablement la propagation de l’insecte. Les contraintes logistiques, le coût des produits phytosanitaires et les risques environnementaux liés à leur usage freinent leur généralisation. En parallèle, des campagnes de sensibilisation ont été menées dans les régions les plus touchées, afin d’informer les agriculteurs sur les signes d’infestation, les bonnes pratiques d’hygiène des plantations et les techniques de surveillance. Ces actions sont coordonnées par les commissariats régionaux de l’agriculture, avec le soutien de plusieurs organisations professionnelles

Lutte biologique et coopération régionale

Dans une approche plus respectueuse de l’environnement, la Tunisie a lancé en juin 2024 un programme de lutte biologique en partenariat avec le Maroc et la FAO. Ce programme repose sur l’introduction de coccinelles prédatrices de la cochenille dans certaines zones infestées, notamment à Nabeul et Gafsa. Ces insectes auxiliaires se nourrissent des cochenilles et contribuent à réguler leur population. Bien que cette méthode soit plus lente à produire des résultats visibles, elle présente l’avantage de préserver les équilibres écologiques et de s’inscrire dans une logique agroécologique. Elle est actuellement en phase d’expérimentation dans plusieurs périmètres agricoles, avec un suivi scientifique assuré par les services techniques du ministère.

Une culture stratégique en péril

Le figuier de barbarie occupe une place centrale dans l’agriculture tunisienne. Il couvre environ 600 000 hectares à travers le pays et constitue une source de revenus pour plus de 150 000 familles rurales. En plus de sa valeur économique, cette plante joue un rôle écologique important : elle stabilise les sols, lutte contre la désertification et fournit un fourrage alternatif en période de sécheresse grâce à ses raquettes riches en eau et en nutriments. La menace que représente la cochenille du cactus dépasse donc le cadre phytosanitaire : elle touche directement la sécurité alimentaire, la résilience des exploitations rurales et la biodiversité des zones arides. La perte de cette culture aurait des conséquences sociales et économiques majeures, en particulier dans les régions de l’intérieur du pays.

Des défis à relever pour une réponse durable

Malgré les efforts déployés, plusieurs défis restent à surmonter. La surveillance phytosanitaire doit être renforcée pour détecter rapidement les foyers d’infestation et éviter leur extension. Les capacités d’intervention des services agricoles doivent également être consolidées, notamment en matière de logistique, de formation et de coordination interrégionale. Par ailleurs, la mobilisation de financements nationaux et internationaux est essentielle pour soutenir les agriculteurs affectés, financer les opérations de lutte et développer des solutions alternatives. L’implication des collectivités locales, des organisations professionnelles et des institutions de recherche sera déterminante pour construire une réponse cohérente et durable à cette crise.

Une mobilisation nationale nécessaire

La lutte contre la cochenille du cactus nécessite une mobilisation nationale, fondée sur la coordination entre les acteurs publics, privés et associatifs. Il ne s’agit pas seulement de protéger une culture, mais de préserver un patrimoine agricole, un équilibre écologique et un tissu socio-économique vital pour des milliers de familles tunisiennes.

Mise à jour le 07/10/2025, Merci à Madame Laarif pour sa vigilance et sa contribution à l’amélioration de l’exactitude de nos contenus.

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