dimanche 18 janvier 2026
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Gestion durable de l’eau : Ariana valorise les eaux usées pour soutenir l’agriculture

La Tunisie fait face à une crise hydrique persistante, aggravée par des années de sécheresse, une baisse des précipitations et une surexploitation des ressources naturelles. Dans ce contexte, le gouvernorat d’Ariana s’illustre par une initiative stratégique : renforcer la gestion et la valorisation des eaux usées traitées pour soutenir l’agriculture locale. Cette orientation s’inscrit dans une politique nationale de résilience hydrique, visant à diversifier les sources d’irrigation et à préserver les nappes phréatiques. En août 2025, une réunion de la commission régionale de suivi et de développement de l’usage des eaux traitées s’est tenue au siège du gouvernorat, réunissant les principaux acteurs techniques et institutionnels pour dresser un état des lieux et définir les priorités.

Des volumes à renforcer pour les périmètres irrigués

Le gouverneur d’Ariana, Walid Sandaid, a souligné la nécessité d’augmenter les volumes d’eaux usées traitées mobilisables pour l’irrigation agricole. Actuellement, la station de traitement d’Ariana, gérée par l’Office National de l’Assainissement (ONAS), produit environ 2 500 mètres cubes par jour d’eaux usées traitées. Toutefois, une partie importante de ce volume est perdue ou mal redistribuée, en raison de fuites sur le réseau, de branchements illicites et d’un manque d’infrastructures de stockage. Plusieurs délégations, dont Mnihla, Sidi Thabet, Kalaât el-Andalous et Ariana Ville, dépendent partiellement de ces ressources . L’objectif est de porter la capacité mobilisable à 3 500 mètres cubes par jour d’ici fin 2026, en sécurisant les installations et en optimisant les circuits de distribution.

Des dysfonctionnements à corriger

Le rapport conjoint de l’ONAS et du Commissariat Régional au Développement Agricole (CRDA) a mis en lumière plusieurs dysfonctionnements majeurs. Les raccordements anarchiques perturbent la pression et la qualité des eaux acheminées, compromettant leur usage agricole. L’absence de bassins de rétention empêche une régulation efficace, notamment en période de forte demande. De plus, le manque de sensibilisation des agriculteurs sur les normes d’usage et les risques sanitaires freine l’adoption de cette ressource alternative. Pour y remédier, le gouvernorat prévoit une série d’actions concrètes, incluant la réhabilitation des canalisations, l’installation de compteurs intelligents et le lancement de campagnes de formation ciblées dans les zones agricoles prioritaires.

Une ressource stratégique pour l’agriculture

Dans un contexte de stress hydrique croissant, les eaux usées traitées représentent une alternative précieuse pour l’irrigation. Elles permettent de maintenir la productivité des cultures tout en réduisant la pression sur les ressources conventionnelles. À Ariana, plusieurs exploitations pilotes ont déjà intégré ces eaux dans leur système d’irrigation goutte-à-goutte. Les résultats sont encourageants : jusqu’à 30 % d’économie en eau potable et une stabilité des rendements malgré les épisodes de sécheresse. Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche a salué cette dynamique, tout en appelant à une harmonisation des normes de qualité et à une meilleure coordination entre les acteurs techniques pour garantir la sécurité sanitaire et la durabilité des pratiques.

Une mobilisation multisectorielle

La réunion du 24 août 2025 a rassemblé un large éventail de responsables, dont le secrétaire général du gouvernorat, les délégués des principales délégations, le directeur régional de l’ONAS, le délégué régional au développement agricole, ainsi que des représentants des services techniques et de l’action économique. Cette concertation illustre la volonté des autorités locales de mettre en place une stratégie intégrée, fondée sur la transparence, la traçabilité et la participation active des agriculteurs. L’objectif est de faire des eaux usées traitées un levier de développement durable, et non un simple palliatif à la pénurie.

Sensibilisation et encadrement : clés de réussite

Le gouverneur a insisté sur l’importance d’intensifier les campagnes de sensibilisation autour des bonnes pratiques d’utilisation des eaux usées traitées. Le respect des normes de qualité est impératif, tant pour les usages agricoles que pour les usages non agricoles comme l’arrosage des espaces verts ou le nettoyage urbain. Des brochures techniques, des sessions de formation et des visites de terrain sont prévues dès octobre 2025, en partenariat avec les associations locales et les coopératives agricoles. Ces actions visent à renforcer la confiance des agriculteurs et à favoriser une adoption durable de cette ressource.

Perspectives et indicateurs de suivi

Pour garantir l’efficacité de cette politique, le gouvernorat d’Ariana prévoit de mettre en place un tableau de bord régional avec des indicateurs de suivi précis. Parmi eux : le volume quotidien d’eaux usées traitées mobilisées, le nombre d’exploitations raccordées, le taux de conformité aux normes sanitaires, la réduction de la consommation d’eau potable agricole et l’évolution des rendements dans les périmètres irrigués. Ce suivi permettra d’ajuster les actions en temps réel et d’identifier les zones à renforcer en priorité, tout en assurant une transparence dans la gestion des ressources.

Conclusion : une stratégie locale à fort potentiel

La gestion des eaux usées traitées à Ariana illustre une approche proactive et pragmatique face à la crise hydrique. En mobilisant les acteurs régionaux, en sécurisant les infrastructures et en valorisant les usages agricoles, le gouvernorat pose les bases d’une résilience territoriale durable. Cette stratégie pourrait servir de modèle à d’autres régions tunisiennes confrontées aux mêmes défis.

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