Depuis plusieurs années, les figuiers de Barbarie en Tunisie font face à une double menace : la cochenille rouge du cactus (Dactylopius opuntiae) et la plante invasive connue localement sous le nom de “chouika jaune”. Dans le gouvernorat de Ben Arous, cette problématique a pris une ampleur préoccupante, poussant les autorités agricoles à lancer une campagne intensive de sensibilisation, de formation et de traitement phytosanitaire. La cochenille rouge, apparue pour la première fois à Mahdia en 2021, s’est propagée rapidement à travers le territoire tunisien. En 2025, elle touche officiellement neuf gouvernorats, dont Ben Arous, Sidi Bouzid, Kairouan, Nabeul, Kasserine et Siliana. Ce parasite s’installe sur les raquettes des figuiers sous forme d’amas blancs cotonneux, provoquant leur dessèchement progressif et, à terme, la mort de la plante.
Une campagne régionale structurée à Ben Arous
Face à cette situation, la Délégation régionale pour le développement agricole de Ben Arous a lancé, depuis le 6 août 2025, une campagne de grande envergure. Celle-ci s’articule autour de trois axes principaux :
- Formation des agriculteurs : 13 sessions ont été organisées dans les délégations de Mornag, réunissant plus de 200 producteurs. Ces formations ont permis de mieux comprendre les ravageurs, d’adopter les bonnes pratiques agricoles et de renforcer la vigilance sur le terrain.
- Traitement phytosanitaire ciblé : Depuis la détection du premier foyer à Henchir El Qleia, la délégation est intervenue sur près de 3 kilomètres linéaires de plantations infectées. Les techniques utilisées incluent le lavage à haute pression, l’application d’huiles minérales et l’arrachage systématique des plantes atteintes.
- Lutte contre la “chouika jaune” : Cette plante invasive, particulièrement nuisible pour les sols cultivés, est éliminée par arrachage à la floraison ou par traitement herbicide couplé à une rotation culturale. Elle compromet la productivité des figuiers et favorise la propagation de maladies.
Un enjeu agricole, écologique et économique
Dans le gouvernorat de Ben Arous, les figuiers de Barbarie couvrent entre 40 et 50 hectares. Cette culture joue un rôle essentiel dans la lutte contre l’érosion des sols, la préservation des espaces agricoles, l’alimentation animale et l’équilibre écologique des zones semi-arides. La figue de Barbarie est également une ressource économique pour de nombreux petits producteurs, notamment dans les zones périurbaines. Sa valorisation en produits dérivés (jus, confitures, huile de graines) constitue une source de revenus complémentaire, particulièrement en période de sécheresse ou de baisse des rendements céréaliers.
Vers une solution durable : les variétés résistantes
Face à l’inefficacité des traitements chimiques à grande échelle, le ministère de l’Agriculture a lancé en 2023 un programme de sélection de variétés de figuiers de Barbarie naturellement résistantes à la cochenille rouge. En partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT) et l’IRESA, trois variétés locales ont été identifiées, multipliées in vitro, puis testées sur le terrain. Les résultats sont prometteurs : les plantations expérimentales affichent un taux de résistance proche de 100 %, sans recours à des traitements chimiques intensifs. Depuis début 2024, plus de 1 200 hectares de figuiers résistants ont été plantés dans les zones les plus touchées. L’objectif est d’atteindre 5 000 hectares d’ici 2027.
Le rôle des agriculteurs et des partenaires locaux
La réussite de cette campagne repose largement sur l’implication des agriculteurs et des partenaires locaux. L’Union régionale de l’agriculture et de la pêche maritime (URAPM) joue un rôle clé dans la coordination des actions, la diffusion des bonnes pratiques et le suivi des résultats sur le terrain. Les agriculteurs sont également encouragés à signaler rapidement toute apparition de foyers infectés, à adopter des pratiques culturales durables, et à intégrer des ennemis naturels comme la coccinelle dans leurs stratégies de lutte intégrée.
Conclusion : une mobilisation à renforcer
La campagne menée à Ben Arous illustre la capacité du secteur agricole tunisien à réagir face aux menaces phytosanitaires. Toutefois, la lutte contre la cochenille rouge et la “chouika jaune” nécessite une vigilance constante, des moyens techniques adaptés et une coordination renforcée entre les acteurs publics et privés.
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