L’année 2025 restera marquée par une agriculture tunisienne traversée de contrastes. D’un côté, des saisons exceptionnelles pour les céréales, les dattes et l’huile d’olive ont confirmé la vitalité des filières de base. De l’autre, des crises sévères ont frappé le cheptel bovin, les figuiers de barbarie et certaines productions animales, révélant la fragilité du secteur face aux aléas climatiques, aux maladies et aux pressions économiques. Cette rétrospective propose un parcours des événements majeurs de 2025, en mettant en lumière les réussites, les défis et les perspectives.
Saison des agrumes : la Maltaise au cœur des exportations
La campagne des agrumes en 2025 s’est ouverte sur une dynamique positive, marquée par une progression sensible des exportations. Les volumes expédiés ont enregistré une hausse de plus de 30 % par rapport à la saison précédente, confirmant l’importance stratégique de cette filière dans les échanges agricoles tunisiens. La Maltaise tunisienne, variété emblématique et fortement identitaire, a représenté l’essentiel des expéditions vers l’Europe. En janvier 2025, plus de 2 258 tonnes avaient déjà franchi les frontières. Ce succès témoigne de la vitalité de la filière, mais il ne masque pas les défis persistants : pression accrue des ravageurs, contraintes de conservation post‑récolte, coûts de conditionnement et logistique parfois insuffisante. Ces éléments rappellent la nécessité d’investir dans la qualité, la traçabilité et l’organisation des flux pour maintenir la compétitivité de la Maltaise et des agrumes tunisiens sur les marchés internationaux.
Cheptel bovin : chute dramatique et dermatose nodulaire
Le printemps 2025 a été marqué par une crise profonde dans la filière bovine. Le cheptel national a reculé de près de 20 %, conséquence d’une combinaison de facteurs : hausse des coûts alimentaires, baisse de la rentabilité et surtout propagation de la dermatose nodulaire contagieuse. Cette maladie a causé des pertes importantes dans plusieurs régions, fragilisant les éleveurs et menaçant la sécurité alimentaire. Les campagnes de vaccination et les mesures de soutien ont été jugées insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Cheptel ovin : hausse des prix et tensions sur le marché
En 2025, la filière ovine tunisienne a été confrontée à une hausse marquée des prix, qui s’est répercutée sur l’ensemble de la chaîne de valeur. La demande soutenue en viande ovine, combinée à la pression croissante sur les pâturages et aux coûts élevés des intrants, a entraîné une augmentation significative des prix de vente. Les éleveurs ont dû composer avec une disponibilité réduite du fourrage ce qui a alourdi leurs charges et fragilisé leur rentabilité. Cette situation a mis en difficulté de nombreux petits exploitants, incapables d’absorber la hausse des coûts, et a accentué les tensions sur le pouvoir d’achat des consommateurs. La filière ovine illustre ainsi en 2025 les déséquilibres structurels de l’agriculture tunisienne : une production essentielle pour l’alimentation nationale, mais vulnérable aux aléas climatiques, aux fluctuations des marchés et à l’absence de mécanismes de régulation efficaces.
Céréales : une saison exceptionnelle grâce aux semences sélectionnées
Après plusieurs années de sécheresse, la campagne céréalière 2025 a marqué un tournant. Les pluies abondantes ont permis une récolte exceptionnelle, renforcée par la mise à disposition de semences certifiées produites par l’Office des céréales. Plus de 500 000 quintaux de semences sélectionnées ont été préparés pour les agriculteurs, contribuant à améliorer les rendements. Ce succès reste toutefois fragile, car la filière demeure dépendante des importations et confrontée à des défis logistiques, notamment dans la distribution des semences et l’organisation des récoltes.
Dattes : une campagne record mais des défis persistants
La Tunisie a confirmé son statut de leader mondial des dattes en 2025. Entre octobre 2024 et fin juillet 2025, les exportations ont atteint 127,2 mille tonnes, générant près de 809,6 millions de dinars de recettes. La Deglet Nour a représenté plus de 83 % des volumes exportés, consolidant sa réputation internationale. Toutefois, la filière a enregistré un léger recul par rapport à 2024 en raison de la complexité des marchés internationaux et des défis liés au stockage et à la conservation. La diversification des débouchés et la valorisation locale restent des priorités pour renforcer la résilience de cette filière stratégique.
Huile d’olive : volumes records mais prix en chute
La saison 2025 a été exceptionnelle pour l’huile d’olive tunisienne, avec des exportations en forte progression qui ont confirmé la vitalité de la filière. Cependant, cette performance en volume n’a pas suffi à compenser la baisse marquée des prix internationaux, qui a réduit les recettes et fragilisé les producteurs. La filière reste également confrontée à une dépendance au vrac, puisque la part du conditionné demeure faible. Cette situation souligne la nécessité de renforcer la valeur ajoutée, à travers la mise en bouteille, la diversification des marchés et une meilleure stratégie de promotion, afin de consolider durablement la place de la Tunisie sur l’échiquier mondial de l’huile d’olive.
Figuier de barbarie : effondrement des rendements sous l’effet de la cochenille
L’année 2025 a été catastrophique pour le figuier de barbarie. La cochenille a ravagé les plantations dans neuf gouvernorats, dont Sidi Bouzid et Kairouan, entraînant une chute de 40 % des rendements. À Bou Argoub, 90 % des plantations ont été touchées. Cette crise menace une culture emblématique, source de revenus pour de nombreuses familles rurales, et appelle à des solutions urgentes de lutte biologique.
Criquet pèlerin : une menace maîtrisée
Entre mars et juin 2025, la Tunisie a été confrontée à une invasion de criquets pèlerins venus de Libye et d’Algérie. Les opérations de lutte menées dans le sud, notamment à Tataouine, ont permis de stabiliser la situation. Cet épisode rappelle la vulnérabilité du pays face aux invasions acridiennes et la nécessité d’une coopération régionale renforcée.
Investissements agricoles : une dynamique encourageante
Malgré les crises, l’investissement agricole a poursuivi sa progression en 2025. Selon les derniers bilans de l’APIA, près de 4 847 opérations d’investissement ont été déclarées au cours des dix premiers mois de l’année, pour un volume global dépassant 937 millions de dinars. Parmi elles, 2 069 projets ont été approuvés, représentant plus de 322 millions de dinars. Ces chiffres témoignent d’une volonté de modernisation et d’inclusion, confirmant l’intérêt croissant pour le secteur agricole et ses filières connexes. Toutefois, la répartition des financements reste à orienter davantage vers les filières en difficulté, afin de consolider la résilience et la durabilité de l’agriculture tunisienne.
Conclusion
L’année 2025 restera comme une année charnière pour l’agriculture tunisienne. Les saisons exceptionnelles des céréales, des dattes et de l’huile d’olive ont confirmé la vitalité des filières de base, tandis que les crises du cheptel bovin, du figuier de barbarie et les menaces acridiennes ont révélé la fragilité du secteur. Entre succès et défis, l’agriculture tunisienne a montré sa résilience, mais elle doit désormais renforcer sa durabilité, sa compétitivité et sa capacité d’adaptation pour affronter les années à venir.
AgriTunisie.com Agriculture en Tunisie