lundi 9 février 2026
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Tunisie 2025 : Régression des superficies maraîchères, entre pressions climatiques et défis structurels

La campagne agricole 2025 en Tunisie est marquée par une tendance préoccupante : la baisse significative des superficies consacrées aux cultures maraîchères. Ce recul, observé dans plusieurs gouvernorats du pays, soulève des interrogations sur la durabilité du modèle agricole tunisien, sa résilience face aux aléas climatiques et sa capacité à répondre aux besoins alimentaires nationaux.

Réduction des superficies maraîchères en Tunisie : les chiffres clés de la campagne 2025

Selon les dernières statistiques publiées par l’Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI) en juin 2025, la superficie totale dédiée au maraîchage en Tunisie a atteint 115 800 hectares en 2024, contre près de 120 000 hectares en 2020. Cette baisse s’inscrit dans une tendance amorcée depuis plus d’une décennie, avec des taux de croissance annuels négatifs pour plusieurs espèces : -4,12 % pour la tomate, -1,53 % pour les melons et pastèques, et -0,60 % pour les cultures de saison comme l’oignon et la carotte. Malgré cette contraction des surfaces, la production maraîchère nationale reste relativement stable, avec une moyenne annuelle de 3,7 millions de tonnes sur la période 2019–2024. Cette stabilité s’explique par une amélioration de la productivité, notamment grâce à l’introduction de semences certifiées, de techniques d’irrigation plus efficaces et d’une mécanisation partielle dans certaines régions.

Le gouvernorat du Kef en difficulté : surfaces maraîchères en chute libre

Le gouvernorat du Kef, situé au nord-ouest du pays, illustre parfaitement cette dynamique de régression. D’après les déclarations d’Abdelkarim Hidiri, représentant de l’Union régionale de l’agriculture, relayées par l’Agence TAP le 9 juillet 2025, les superficies allouées aux cultures maraîchères dans cette région ont été limitées à environ 365 hectares pour la tomate, 395 hectares pour le piment, 130 hectares pour les légumes divers et 45 hectares pour les courges. Cette baisse est attribuée à plusieurs facteurs : absence de contrats-programmes, manque de main-d’œuvre qualifiée, hausse du coût des intrants agricoles (notamment les pesticides et les engrais), et surtout diminution des ressources en eau d’irrigation, conséquence directe des sécheresses répétées et du stress hydrique qui affecte le nord-ouest tunisien.

Disparités régionales dans le maraîchage tunisien : vers une cartographie des enjeux

La répartition géographique des cultures maraîchères en Tunisie reste contrastée. Les gouvernorats de Nabeul et Bizerte demeurent les principaux bassins de production, concentrant une part importante des cultures de tomate, poivron, piment et pomme de terre. Le Sahel (Sousse, Mahdia, Monastir) et le Centre (Kairouan) se spécialisent dans l’oignon, l’ail et la carotte, tandis que le Sud (Gabès, Médenine, Djerba) se distingue par les primeurs d’hiver cultivées sous serres ou en plein champ. Les régions de Jendouba, Béja et Kasserine, quant à elles, développent un maraîchage de saison irrigué, souvent en complément des grandes cultures céréalières. Toutefois, ces zones sont également touchées par la baisse des superficies, en raison de la pression foncière et de la concurrence avec d’autres usages agricoles.

Modernisation et adaptation : quelles solutions pour le maraîchage tunisien ?

Face à cette situation, l’ONAGRI et les acteurs du secteur appellent à une révision des politiques agricoles. Il s’agit notamment de renforcer les investissements dans l’innovation (serres intelligentes, irrigation goutte-à-goutte, plateformes numériques de suivi), de promouvoir les formes d’organisation collective (coopératives, groupements de producteurs) et d’améliorer l’accès au financement rural pour les petits exploitants. La modernisation du secteur maraîcher passe également par une meilleure valorisation des produits locaux, une diversification des cultures et une intégration des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur agricoles. Des initiatives pilotes ont été lancées dans les gouvernorats de Zaghouan et Kairouan, visant à tester des modèles de production durable adaptés aux conditions climatiques tunisiennes.

Sécurité alimentaire en Tunisie : une alerte face à la baisse des superficies cultivées

La baisse des superficies maraîchères en Tunisie en 2025 n’est pas qu’un indicateur technique : elle constitue une alerte stratégique pour la sécurité alimentaire du pays. Si la productivité permet encore de compenser partiellement cette régression, les risques liés au changement climatique, à la raréfaction de l’eau et à la volatilité des marchés agricoles exigent une réponse rapide et coordonnée.

 

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