Le 30 août 2025, l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Gabès, par la voix de son président Habib Dhiab, a lancé un appel pressant au ministère de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques. Dans une déclaration à l’agence TAP, il a souligné la dégradation alarmante du système oasien de la région, autrefois pilier de l’agriculture locale et de l’identité territoriale. Ce cri d’alerte vise à mobiliser les autorités pour mettre en œuvre des projets spécifiques de revitalisation, notamment le rajeunissement des palmiers et des grenadiers, ainsi que l’amélioration de l’approvisionnement en eau d’irrigation.
Un patrimoine agricole millénaire en déclin
Le système oasien de Gabès est unique en son genre : il s’agit des dernières oasis maritimes du bassin méditerranéen, situées à la jonction du désert, de la mer, des montagnes et de la plaine. Ces oasis traditionnelles, comme celles de Métouia, Ghannouch, Chenini ou Kettana, reposent sur une agriculture à trois strates arborée, arbustive et herbacée qui permettait autrefois une production diversifiée et durable. Aujourd’hui, ce modèle est gravement menacé par la raréfaction de l’eau, la pollution industrielle, l’urbanisation anarchique et le manque de services de vulgarisation agricole.
Manque d’eau et abandon des cultures emblématiques
Parmi les cultures emblématiques de Gabès, la grenade occupe une place centrale. Or, cette filière est en déclin : les agriculteurs sont confrontés à un manque chronique d’eau d’irrigation, à des infestations d’insectes et à une baisse de la rentabilité. Beaucoup ont été contraints d’abandonner cette culture au profit de l’olivier, moins exigeant en eau mais moins identitaire pour la région. Ce glissement agricole traduit une perte de valeur économique et sociale du système oasien, qui ne joue plus son rôle de moteur local de développement.
Les revendications de l’Union régionale
Face à cette situation, l’Union régionale réclame des mesures concrètes : des projets de replantation ciblés, un renforcement de la vulgarisation agricole, et une stratégie de gestion durable des ressources hydriques. Elle insiste sur la nécessité d’accompagner les agriculteurs dans la modernisation de leurs pratiques, tout en préservant les spécificités du système oasien. L’objectif est double : restaurer la productivité des oasis et redonner confiance aux exploitants locaux, souvent découragés par l’absence de soutien technique et institutionnel.
Une responsabilité partagée entre État et société civile
La sauvegarde du système oasien de Gabès ne peut reposer uniquement sur les agriculteurs. Elle implique une mobilisation multisectorielle : État, collectivités locales, bailleurs internationaux, ONG et chercheurs doivent unir leurs efforts pour préserver ce patrimoine vivant. Des initiatives existent, comme les études menées par le FTDES ou les projets de revalorisation agroécologique, mais elles restent trop ponctuelles. Une stratégie nationale de protection des oasis, intégrée aux politiques climatiques et agricoles, devient indispensable.
Conclusion : préserver Gabès, c’est préserver un modèle de résilience
Le système oasien de Gabès est bien plus qu’un espace agricole : c’est un modèle de résilience territoriale, un héritage écologique et culturel, et un levier de développement durable. Sa mise en péril appelle une réponse urgente et coordonnée. Pour les communicants sectoriels et les acteurs du développement rural, cette situation constitue un sujet fort à valoriser dans les campagnes de sensibilisation, les dossiers stratégiques et les contenus éditoriaux à fort impact.
AgriTunisie.com Agriculture en Tunisie