lundi 19 janvier 2026
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Huile végétale
Huile végétale - photo : DR

Huiles végétales subventionnées en Tunisie : un coût annuel de 120 millions de dinars et une disponibilité limitée

En Tunisie, l’huile végétale subventionnée est l’un des produits les plus emblématiques du système de compensation. Destinée à garantir l’accès des ménages à un produit de base à prix abordable, elle est vendue à 900 millimes le litre, un tarif largement inférieur à son coût réel. Pour maintenir ce prix, l’État mobilise chaque année près de 120 millions de dinars via le Fonds général de compensation. Le ministère de l’Agriculture a confirmé que la consommation nationale s’est stabilisée autour de 40 000 tonnes par an, après une baisse enregistrée au cours des dernières campagnes. Le processus est géré par l’Office national de l’huile (ONH), qui achète le produit et le cède aux entreprises de conditionnement selon des quotas fixés par le ministère du Commerce et du Développement des exportations. Ces entreprises assurent ensuite la distribution dans des circuits dédiés, censés garantir l’accessibilité du produit aux consommateurs.

Pourquoi l’huile subventionnée est-elle si rare dans les commerces ?

Malgré cette dépense colossale, l’huile végétale subventionnée demeure rarement disponible dans les commerces tunisiens. Les ménages témoignent régulièrement de difficultés à en trouver, même dans les circuits censés être approvisionnés, ce qui révèle les limites du système actuel. En effet, les quotas fixés par les autorités restent insuffisants par rapport à la demande réelle, entraînant des pénuries récurrentes : les stocks mis sur le marché disparaissent rapidement, créant une tension permanente. À cela s’ajoutent les détournements vers le marché parallèle, où une partie de l’huile subventionnée est revendue illégalement à des prix supérieurs, privant ainsi les consommateurs de l’accès régulier au produit. Enfin, la pression budgétaire constitue un frein majeur : augmenter les quotas impliquerait d’alourdir encore la facture de compensation, que l’État peine déjà à assumer dans un contexte de déficit budgétaire. Cette rareté alimente un profond sentiment d’injustice, car le produit existe et il est financé par l’argent public, mais il reste inaccessible à une grande partie des ménages qui en sont pourtant les principaux bénéficiaires.

Une dépendance persistante aux importations de tournesol et de maïs

L’approvisionnement du marché tunisien repose largement sur l’importation d’huiles brutes non subventionnées, principalement l’huile de tournesol et l’huile de maïs. Ces huiles sont raffinées localement par des opérateurs privés avant d’être commercialisées à des prix libres, souvent bien supérieurs à ceux de l’huile subventionnée. Cette dépendance expose la Tunisie aux fluctuations des marchés internationaux. En période de hausse des prix des matières premières agricoles, l’écart entre le prix réel et le prix subventionné se creuse, accentuant la pression sur les finances publiques.

Un mécanisme social vital mais imparfait

La subvention des huiles végétales vise avant tout à protéger le pouvoir d’achat des ménages modestes. Dans un contexte marqué par une inflation persistante et une hausse du coût de la vie, ce mécanisme reste un outil essentiel de politique sociale. Cependant, plusieurs experts soulignent que le système actuel bénéficie aussi à des catégories qui n’en ont pas réellement besoin. De plus, les pénuries et les détournements réduisent l’efficacité du dispositif. Les ménages les plus vulnérables, censés être les principaux bénéficiaires, se retrouvent souvent contraints d’acheter des huiles non subventionnées à des prix beaucoup plus élevés.

Les pistes de réforme : ciblage, contrôle et diversification

La facture annuelle de 120 millions de dinars consacrée à la subvention des huiles végétales représente un défi majeur pour les finances publiques tunisiennes, surtout dans un contexte marqué par un déficit budgétaire persistant et des pressions internationales visant à réduire les dépenses de compensation. Face à cette situation, plusieurs pistes de réforme sont régulièrement évoquées. La première consiste à cibler davantage les subventions afin de réserver l’huile subventionnée aux ménages les plus vulnérables, ce qui permettrait de rationaliser les dépenses et d’assurer une meilleure justice sociale. La deuxième piste repose sur la promotion de l’huile d’olive locale, produit abondant et reconnu pour ses qualités nutritionnelles, dont la consommation pourrait être encouragée par des campagnes de sensibilisation et une politique de prix plus compétitive. Par ailleurs, le renforcement du contrôle de la distribution apparaît indispensable pour limiter les détournements vers le marché parallèle et garantir une accessibilité équitable du produit. Enfin, la diversification des sources d’approvisionnement, notamment par le développement de cultures locales , offrirait une alternative durable en réduisant la dépendance aux importations et en allégeant la pression sur les finances publiques.

Conclusion : entre justice sociale et soutenabilité budgétaire

La subvention des huiles végétales en Tunisie illustre le dilemme entre justice sociale et soutenabilité économique. Si elle reste indispensable pour protéger les ménages, son coût croissant et sa rareté sur le marché appellent à une réforme profonde du système de compensation. Promouvoir la consommation d’huile d’olive et cibler les bénéficiaires pourraient constituer des solutions équilibrées, permettant de préserver à la fois le pouvoir d’achat et la stabilité budgétaire de l’État.

En résumé : la Tunisie dépense chaque année 120 millions de dinars pour maintenir le prix de l’huile végétale subventionnée à 900 millimes le litre. Ce mécanisme, vital pour les ménages, est toutefois critiqué pour son coût élevé, sa dépendance aux importations et son manque de disponibilité dans les commerces.

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