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Oléiculture
Oléiculture - photo : DR

Huile d’olive : la Tunisie signe une campagne d’exportation record

Portées par une récolte abondante et une forte demande internationale, les exportations tunisiennes d’huile d’olive ont atteint 368 000 tonnes durant les neuf premiers mois de la campagne 2025/2026. Cette progression spectaculaire conforte la Tunisie parmi les grandes puissances oléicoles mondiales. Elle révèle aussi un défi persistant : transformer cette performance en davantage de valeur ajoutée nationale.

La campagne oléicole 2025/2026 prend une dimension historique en Tunisie. Entre novembre 2025 et juillet 2026, le pays a exporté 368 000 tonnes d’huile d’olive, soit une hausse de 55,3 % par rapport à la même période de la campagne précédente. Selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture rapportées par Reuters, ces ventes ont généré environ 1,6 milliard de dollars de recettes, en progression de 44,4 %.

Le volume exporté constitue un record pour les neuf premiers mois d’une campagne. Cette accélération repose d’abord sur une disponibilité importante en huile. Le Conseil oléicole international avait déjà évalué la production tunisienne à 340 000 tonnes en 2024/2025, soit une hausse de 55 %. Pour 2025/2026, les différentes estimations ont placé la récolte à un niveau encore supérieur, permettant à la Tunisie de rivaliser avec l’Italie et la Grèce derrière l’Espagne.

La qualité des huiles commercialisées constitue un autre indicateur favorable. L’huile d’olive vierge extra a représenté 83,6 % des expéditions tunisiennes durant les neuf premiers mois de la campagne. Ce résultat confirme la capacité des oliveraies et des huileries tunisiennes à alimenter les marchés internationaux avec des volumes importants dans la catégorie commerciale la plus recherchée.

L’Europe demeure le principal débouché

L’Union européenne a absorbé 57,1 % des exportations tunisiennes sur la période. L’Espagne et l’Italie figurent traditionnellement parmi les premiers acheteurs. Ces deux pays importent notamment de l’huile en vrac destinée à compléter leurs disponibilités, à être assemblée ou conditionnée avant sa commercialisation.

L’Amérique du Nord a représenté 24 % des volumes exportés. La Tunisie bénéficie ainsi d’une présence désormais structurelle sur le marché américain, l’un des plus importants au monde. Le Conseil oléicole international indique que l’Espagne, l’Italie, la Tunisie et la Turquie ont fourni ensemble 88,6 % des importations américaines durant la campagne 2024/2025.

La diversification géographique progresse également. Plus de 70 pays ont importé de l’huile tunisienne durant les neuf premiers mois de 2025/2026. L’Arabie saoudite a capté 4,6 % des volumes, la Jordanie 3,1 % et les marchés africains 3,8 %. À elle seule, l’Égypte en a absorbé 3,3 %.

Des volumes plus rapides que les recettes

La comparaison entre les volumes et la valeur invite cependant à nuancer la performance. Les quantités exportées ont augmenté de 55,3 %, contre 44,4 % pour les recettes. Ces évolutions impliquent un recul d’environ 7 % de la valeur moyenne obtenue par tonne par rapport à la même période de la campagne précédente.

Cette pression sur les prix intervient dans un contexte de reconstitution de l’offre méditerranéenne. Après plusieurs campagnes affectées par la sécheresse, la reprise de la production dans plusieurs bassins oléicoles a détendu le marché international. La Tunisie compense cette évolution par l’augmentation exceptionnelle de ses volumes, mais l’amélioration de la rémunération des producteurs et des opérateurs ne dépend pas uniquement des tonnages expédiés.

Le conditionnement progresse, le vrac domine toujours

Les exportations tunisiennes d’huile conditionnée ont atteint 51 500 tonnes, en hausse de 50,8 %. Elles ne représentent néanmoins qu’environ 14 % du volume total exporté. L’essentiel de l’huile continue donc de quitter le pays en vrac, sans marque tunisienne visible auprès du consommateur final.

C’est le principal paradoxe de la filière. La Tunisie dispose d’une huile vierge extra reconnue, d’un important patrimoine oléicole et d’une place majeure dans les échanges mondiaux, mais une partie substantielle de la valeur liée au conditionnement, au marketing et à la distribution reste captée sur les marchés de destination.

L’année civile 2025 avait déjà illustré le poids stratégique du secteur. D’après l’Institut national de la statistique, les exportations d’huile d’olive avaient rapporté 4,1 milliards de dinars tunisiens, soit 53 % des exportations alimentaires et 6 % de l’ensemble des exportations du pays.

La campagne actuelle confirme ainsi la puissance exportatrice de l’oléiculture tunisienne. La prochaine étape consistera à convertir ce record quantitatif en montée en gamme durable, grâce au stockage, à la traçabilité, au conditionnement et au développement de marques tunisiennes capables de s’imposer directement auprès des consommateurs.

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