La dette agricole en Tunisie atteint aujourd’hui un niveau alarmant de 1 057 millions de dinars auprès des banques, dont près de 75 % sont concentrés dans les établissements publics. Face à cette situation, les autorités préparent de nouvelles mesures législatives pour restructurer ces créances et soulager plus de 30 000 agriculteurs concernés.
Un problème au cœur du débat économique
La question de l’endettement agricole est devenue centrale dans le débat économique tunisien, révélant les fragilités structurelles d’un secteur pourtant vital pour l’économie nationale. Lors d’une journée d’étude organisée par l’Académie parlementaire en janvier 2026, il a été révélé que les agriculteurs tunisiens cumulent plus d’un milliard de dinars de dettes bancaires. Ce chiffre, colossal, illustre l’ampleur du malaise qui frappe le monde rural, déjà confronté à une conjoncture difficile marquée par la hausse continue des coûts de production, la flambée des prix des intrants agricoles, la sécheresse récurrente et les difficultés d’accès aux marchés locaux et internationaux.
La structure de cette dette met en lumière une réalité contrastée et profondément inégalitaire. Environ 57 % des agriculteurs endettés doivent des sommes relativement modestes, ne dépassant pas les 10 000 dinars, ce qui traduit la vulnérabilité des petits exploitants qui peinent à couvrir leurs besoins de base et à maintenir leurs activités. À l’autre extrême, une douzaine d’agriculteurs cumulent chacun plus de 50 millions de dinars de dettes, révélant l’existence d’un noyau de grands investisseurs agricoles dont les difficultés financières peuvent avoir un effet systémique sur l’ensemble du secteur. Cette disparité souligne la diversité des profils concernés : d’un côté, des petits producteurs fragilisés par des conditions climatiques et économiques défavorables, et de l’autre, des acteurs majeurs dont l’endettement massif menace la stabilité des institutions financières elles-mêmes. Au-delà des chiffres, cette situation met en évidence un double enjeu. D’une part, la survie des petites exploitations familiales, qui constituent le socle de l’agriculture tunisienne et assurent une part importante de la sécurité alimentaire nationale. D’autre part, la viabilité des grandes exploitations, souvent tournées vers l’exportation, dont les difficultés peuvent compromettre la compétitivité du pays sur les marchés internationaux.
Vers une restructuration législative des dettes agricoles
Face à l’ampleur de l’endettement agricole, le Parlement tunisien s’apprête à adopter un projet de loi qui vise à restructurer les créances des agriculteurs. Ce dispositif, qui inclura désormais les banques privées en plus des établissements publics, marque une avancée significative dans la prise en charge de la crise. L’objectif est double : d’une part, sécuriser la trésorerie des exploitants en leur permettant de continuer à produire, et d’autre part, préserver le rôle stratégique de l’agriculture dans l’économie nationale et les exportations.
Le projet de loi de restructuration des dettes agricoles prévoit plusieurs mesures concrètes destinées à soulager les exploitants et à préserver la pérennité du secteur. D’abord, il introduit le rééchelonnement des dettes, permettant aux agriculteurs d’étaler leurs remboursements sur des périodes plus longues afin d’alléger la pression immédiate sur leurs finances. À cela s’ajoute une réduction des taux d’intérêt, les créances étant renégociées avec des conditions plus favorables pour rendre le coût du crédit supportable. Pour les cas les plus critiques, notamment ceux des petits exploitants incapables de rembourser, un effacement partiel des dettes irrécouvrables est envisagé afin d’éviter la faillite totale et la disparition de leurs exploitations. Autre avancée majeure, l’inclusion des banques privées dans le dispositif, jusque-là limité aux établissements publics, ce qui élargit le champ d’action et garantit une couverture plus complète. Enfin, le projet ne se limite pas à la dimension financière : il prévoit également un accompagnement technique et financier des agriculteurs, avec un suivi destiné à améliorer leur productivité et leur gestion, afin d’éviter que la spirale d’endettement ne se reproduise. Ainsi, ces mesures combinées visent à offrir une bouffée d’oxygène immédiate tout en posant les bases d’une réforme structurelle du financement agricole.
Conclusion : entre urgence et réformes structurelles
En conclusion, la dette agricole de 1 057 millions de dinars est le symptôme d’une crise structurelle qui dépasse la simple question des crédits bancaires. Les nouvelles mesures de restructuration représentent une bouffée d’oxygène pour les agriculteurs, mais elles ne suffiront pas à elles seules. La Tunisie devra repenser son modèle de financement agricole et renforcer l’accompagnement des exploitants pour éviter que cette spirale d’endettement ne se reproduise.
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