Reconstitution du cheptel : la Tunisie et le Maroc, deux dispositifs comparés en chiffres

La Tunisie a inscrit un programme de reconstitution du cheptel dans son plan de développement 2026-2030, présenté en septembre 2026 par l'Office de l'élevage et des pâturages. Le Maroc a lancé en 2025 un dispositif de même finalité, fondé sur un recensement par boucles d'identification et des aides directes. Comparaison point par point, à partir des données officielles publiées dans les deux pays.

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Reconstitution du cheptel : la Tunisie et le Maroc, deux dispositifs comparés en chiffres © Memet Öz / Pexels

Tunisie et Maroc ont tous deux lancé des programmes de reconstitution de leur cheptel, mais avec des instruments différents. En Tunisie, où la crise est attribuée aux sécheresses successives de 2022 à début 2025, au manque d’eau, à la dégradation des parcours et à la hausse des prix des matières premières des aliments composés, le programme est intégré au plan de développement 2026-2030. Au Maroc, le dispositif lancé en 2025 s’est appuyé sur un recensement national des animaux, suivi d’aides directes calculées par tête identifiée.

Le point de départ : un recul mesuré différemment

En Tunisie, le cheptel bovin a reculé d’environ 20 % selon les données du ministère de l’Agriculture présentées en septembre 2026 par Sana Zitouni, ingénieure générale et sous-directrice à l’Office de l’élevage et des pâturages ; l’UTAP avance 30 %. Le ministère raisonne en unités femelles plutôt qu’en nombre total de têtes. Le cheptel bovin productif doit passer d’environ 330 000 à 363 000 unités femelles en 2030.

Au Maroc, le ministère de l’Agriculture a conduit du 26 juin au 11 août 2025 un recensement national, dont les résultats ont été publiés le 26 août 2025 sur le portail officiel Maroc.ma :

  • 32 832 573 têtes au total ;
  • 23 158 248 ovins, dont 16 348 449 femelles ;
  • 7 474 172 caprins, dont 5 293 805 femelles ;
  • 2 094 109 bovins, dont 1 556 842 femelles ;
  • 106 044 camelins, dont 91 432 femelles.

Le recensement marocain fait apparaître une hausse globale des effectifs, mais une baisse d’environ 30 % pour les bovins et les camelins par rapport aux moyennes habituelles (3 à 3,2 millions de bovins et environ 150 000 camelins).

Les moyens : un plan quinquennal d’un côté, des aides directes massives de l’autre

En Tunisie, la contribution directe de l’État est estimée à environ 93 millions de dinars sur 2026-2030. Selon l’Office de l’élevage et des pâturages, l’enveloppe se répartit, en ordres de grandeur, en environ 59 MD pour les bovins, 19 MD pour les petits ruminants, 14 MD pour les fourrages et pâturages et 3 MD pour la numérisation, la traçabilité et le suivi. Les mesures annoncées comprennent une aide exceptionnelle à l’achat de génisses gestantes de race améliorée, cumulable avec les aides existantes pouvant atteindre 30 %, la prise en charge par l’État d’une partie des intérêts de certains crédits, et l’encouragement à la conservation des jeunes femelles avec un contrôle renforcé de leur abattage.

Au Maroc, le gouvernement a mobilisé près de 11 milliards de dirhams de soutien financier direct, destinés à l’achat d’aliments, à la préservation des femelles reproductrices, à l’allègement de l’endettement des éleveurs, à la vaccination et à l’encadrement technique. Le montant versé à chaque éleveur dépend du nombre de têtes recensées par les commissions locales et identifiées par des boucles numérotées. Au 9 décembre 2025, selon le ministre de l’époque de l’Agriculture Ahmed El Bouari, devant la Chambre des conseillers, 25 millions de têtes étaient identifiées, soit 92 % des éleveurs recensés ; 1 102 000 dossiers avaient été instruits et 4,465 milliards de dirhams versés à environ 977 000 bénéficiaires.

Les frontières : importations et droits de douane

Le Maroc a utilisé l’outil douanier. Selon le communiqué publié en août 2025, la suspension des droits de douane et de la TVA à l’importation d’ovins, de caprins et de lait en poudre devait prendre fin à fin septembre 2025, tandis que la suspension pour les bovins était maintenue afin de soutenir la reconstitution du cheptel bovin.

En Tunisie, la présentation du programme de reconstitution faite en septembre 2026, telle que rapportée par Business News, ne comporte pas de mesure douanière : elle repose sur les aides à l’investissement, la prise en charge d’intérêts, les fourrages et la couverture vétérinaire. Les génisses aidées peuvent toutefois provenir de centres agréés ou être importées, selon les conditions fixées.

Les objectifs de production

La Tunisie s’est fixé des objectifs chiffrés à l’horizon 2030 : +11 % pour le lait, à environ 1,4 million de tonnes, et +17 % pour les viandes rouges, à environ 281 000 tonnes. Les sources marocaines consultées ne fixent pas d’objectif de production chiffré ; elles mesurent l’avancement du programme en têtes identifiées, en bénéficiaires et en montants versés.

Ce que montre la comparaison

  • Mesure du cheptel : le Maroc dispose d’un comptage tête par tête avec identification individuelle ; la Tunisie raisonne en unités femelles et consacre 3 MD de son programme à la numérisation et à la traçabilité.
  • Nature des aides : au Maroc, aide directe par tête recensée ; en Tunisie, aides ciblées (génisses gestantes, bonification d’intérêts) et soutien aux fourrages.
  • Constat commun : dans les deux pays, le cheptel bovin a nettement reculé (environ −20 % en Tunisie selon le ministère, environ −30 % au Maroc par rapport aux moyennes habituelles), et la préservation des femelles reproductrices est au cœur des dispositifs.

Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation

  • Femelles : en Tunisie comme au Maroc, la conservation des femelles reproductrices est la priorité ; en Tunisie, leur abattage fait l’objet d’un contrôle renforcé.
  • Génisses gestantes : une aide exceptionnelle à l’achat de génisses gestantes de race améliorée est prévue, cumulable avec les aides existantes ; renseignez-vous auprès de l’Office de l’élevage et des pâturages ou de votre CRDA.
  • Identification : l’expérience marocaine montre que l’accès aux aides directes y a été conditionné à l’identification des animaux ; en Tunisie, un volet numérisation et traçabilité figure dans le programme.

Sources

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Catégories : Dossier, Elevage

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