La fiche « Filière lait en Tunisie », datée de juillet 2026 et mise en ligne par l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI), rassemble sur dix ans les principales données de la filière, issues notamment de l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP). Elle fait apparaître un écart d’évolution : le prix du lait à la production n’a plus été révisé depuis novembre 2022 selon la fiche, alors que la valeur d’une vache laitière a plus que doublé depuis 2015 et que la production nationale recule.
Un cheptel de 360 000 unités femelles, en baisse de 2,5 % par an
Selon l’OEP, cité par l’ONAGRI, le cheptel bovin laitier comptait 360 000 unités femelles (UF) en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen de -2,5 % entre 2015 et 2024. Les vaches de race pure (Holstein) en représentent 59 % (211 000 UF), les races locales et croisées 41 % (149 000 UF).
La fiche assortit ces chiffres d’une réserve sur leur base statistique :
« Le recensement n’a pas été réalisé depuis 2019. »
Yosra Douiri, autrice de la fiche, ONAGRI — Filière lait en Tunisie, juillet 2026
Une production de lait frais revenue à 1,23 million de tonnes
La production de lait frais s’est établie à 1 230 000 tonnes en 2025, contre 1 408 000 tonnes en 2016, soit un taux de croissance annuel moyen de -1,5 % sur la période. Le point haut de la décennie date de 2021 (1 462 000 t) ; le point bas de 2023 (1 224 000 t).
| Année | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Lait frais (milliers de t) | 1 408 | 1 424 | 1 310 | 1 352 | 1 392 | 1 462 | 1 330 | 1 224 | 1 248 | 1 230 |
Source : OEP, d’après ONAGRI.
La production par vache, toutes races confondues, suit la même pente : 5 749 kg en 2024, contre 6 279 kg en 2015 (taux annuel moyen de -1,0 %), avec un creux à 5 359 kg en 2023. La fiche ne donne pas d’explication à ces évolutions.
Un prix à la production inchangé à 1 340 millimes depuis novembre 2022, selon la fiche
Le prix du lait à la production est passé de 736 millimes le litre en janvier 2015 à 766 millimes en avril 2017, 890 en juillet 2018, 945 en octobre 2019, 1 040 en juillet 2020, 1 140 en avril 2021, puis 1 340 millimes en novembre 2022. La fiche, datée de juillet 2026, la présente comme la « dernière révision » et reporte le même prix pour 2024. Entre janvier 2015 et novembre 2022, la hausse cumulée atteint 82 % (calcul AgriTunisie).
Le prix des animaux a progressé bien plus vite. Une vache suitée valait en moyenne 3 106 dinars par tête en 2015 et 7 056 dinars en 2024 ; une génisse 3 132 dinars puis 7 083 dinars. Le taux de croissance annuel moyen est de 9,5 % pour les deux catégories. Le saut le plus net est récent : de 5 415 à 7 056 dinars pour la vache suitée entre 2023 et 2024, soit +30 % en un an (calcul AgriTunisie).
Exprimé en lait, en 2015, le prix d’une vache suitée équivalait à environ 4 220 litres payés au prix à la production ; en 2024, il en représente environ 5 266 litres (calculs AgriTunisie à partir des prix de la fiche). À titre indicatif, la fiche chiffre la production moyenne par vache à 5 749 kg en 2024 (unités différentes, comparaison approximative).
Un déficit commercial de 233,4 millions de dinars
Les échanges restent marginaux par rapport à la production, mais leur solde se dégrade. En 2025, la Tunisie a exporté 9 300 tonnes de lait et dérivés pour 58,7 millions de dinars (23 000 tonnes et 56,2 MD en 2016), et en a importé 29 400 tonnes pour 292,1 millions de dinars (12 800 tonnes et 52,1 MD en 2016). La balance commerciale du lait et dérivés affiche -233,4 MD, avec un taux de couverture des importations de 20 %. Les importations ne représentent toutefois que 2,3 % de la production (taux de pénétration) et les exportations 0,7 % (effort d’exportation).
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- Selon la fiche de l’ONAGRI (juillet 2026), le prix du lait à la production n’a pas été révisé depuis novembre 2022 : 1 340 millimes le litre.
- Une vache suitée coûtait en moyenne 7 056 DT en 2024, plus du double de 2015, et une génisse 7 083 DT.
- La production nationale (1,23 million de tonnes en 2025) et la production par vache (5 749 kg en 2024) sont orientées à la baisse sur dix ans.
- Les effectifs ne s’appuient pas sur un recensement récent : la fiche de l’ONAGRI indique que le recensement n’a pas été réalisé depuis 2019.
- Les importations de lait et dérivés ont atteint 292,1 MD en 2025, pour un déficit de 233,4 MD.

