Réunis jusqu’au 28 octobre 2026 pour un atelier régional sur l’analyse des risques phytosanitaires, experts et services de protection des végétaux ont entendu le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche proposer la création d’une plateforme internationale d’échange d’informations sur les ravageurs et maladies des plantes. Derrière l’annonce, un outil encore peu connu des agriculteurs, l’analyse du risque phytosanitaire (ARP), encadré par une norme internationale, la NIMP 11.
Ce qui a été proposé lors de l’atelier
Selon la dépêche de l’agence TAP reprise par l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI), Haikel Hechlef, chef de cabinet du ministre, a proposé une plateforme permettant aux pays et aux experts de partager données scientifiques et techniques, alertes précoces et expériences réussies, afin d’accélérer la réponse aux risques phytosanitaires transfrontaliers. Le représentant de la FAO en Tunisie, Nabil Assaf, a souligné le partenariat entre l’organisation et les autorités nationales pour renforcer le système de santé végétale et aligner les pratiques sur les normes internationales.
L’ARP en trois étapes, selon la NIMP 11
La Norme internationale pour les mesures phytosanitaires n° 11, « Analyse du risque phytosanitaire pour les organismes de quarantaine », adoptée en 2001 dans le cadre de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV) et révisée en 2013, décrit trois étapes :
- Mise en route : identifier l’organisme nuisible ou la filière (un produit importé, par exemple) qui pose problème, et délimiter la zone concernée.
- Évaluation du risque phytosanitaire, en trois volets : la catégorisation (l’organisme peut-il être un organisme de quarantaine ?), la probabilité d’introduction et de dissémination, et les conséquences économiques potentielles, y compris l’incidence environnementale.
- Gestion du risque phytosanitaire : identifier et choisir les options qui ramènent le risque à un niveau acceptable.
Selon le glossaire de la CIPV (NIMP 5), un organisme de quarantaine est un organisme d’importance économique potentielle pour la zone menacée, qui y est absent ou peu répandu et fait l’objet d’une lutte officielle.
Les mesures possibles, de l’inspection à l’interdiction
La norme énumère des options de gestion graduées :
- inspection ou analyse des envois ;
- quarantaine avant ou après l’entrée ;
- traitement spécifié des envois ;
- zones exemptes et lieux ou sites de production exempts ;
- production selon un système de certification ;
- surveillance, éradication et enrayement dans le pays importateur ;
- interdiction des marchandises, à n’envisager « qu’en dernier ressort ».
La NIMP 11 exige aussi que le processus soit documenté de manière à établir « les sources d’information et les raisons justifiant la décision de gestion ».
Pourquoi un échange de données transfrontalier
L’étape d’évaluation repose sur des données : présence de l’organisme dans les pays voisins, filières d’entrée, biologie, dégâts observés. Selon le ministère, la plateforme proposée doit permettre de partager données scientifiques et techniques et alertes précoces, et d’accélérer la réponse aux risques transfrontaliers.
Elle fait écho à des mesures annoncées en mai 2026 par le ministre Ezzeddine Ben Cheikh à l’issue d’un atelier national sur les maladies et ravageurs, selon La Presse de Tunisie : création d’un réseau national de surveillance des ravageurs et d’échange de données, formation des techniciens des CRDA et renforcement des contrôles phytosanitaires aux frontières. Les filières citées alors étaient l’olivier face à Xylella fastidiosa (cartographie des insectes vecteurs, étude de la résistance des variétés locales), les agrumes face au virus de la Tristeza (plants certifiés tolérants, transition sur cinq ans), le figuier de Barbarie face à la cochenille, et les céréales face aux adventices résistantes aux herbicides.

