Des cas de tuberculose de l’olivier ont été signalés fin octobre 2026 dans plusieurs localités du gouvernorat de Sidi Bouzid, après des épisodes de grêle. Des agriculteurs d’El Khechm, dans la délégation d’Essaïda, ont alerté le commissariat régional au développement agricole (CRDA) : fissures dans l’écorce et les branches, excroissances, nodules. Interrogé par la TAP, Mourad Mabrouki, chef du service de la production végétale au CRDA, a qualifié les infections de légères et sans danger, réparties en quelques foyers sur trois délégations. À Nabeul, les services agricoles ont confié aux cellules d’orientation le suivi phytosanitaire de la maladie et demandé des protocoles stricts de prévention lors de la taille et de l’émondage.
Comprendre comment la maladie s’installe permet de saisir pourquoi la prévention passe d’abord par la gestion des blessures de l’arbre.
Une bactérie qui vit sur l’arbre et attend une blessure
La tuberculose de l’olivier est causée par la bactérie Pseudomonas savastanoi pv. savastanoi. Selon une étude publiée en 2022 dans la revue Microorganisms par une équipe de l’Institute for Adriatic Crops and Karst Reclamation (Split, Croatie), la bactérie vit d’abord en épiphyte, c’est-à-dire à la surface des organes de l’olivier. Lorsque les conditions météorologiques sont favorables, sa population augmente et elle peut pénétrer dans les tissus pour y provoquer des galles.
Ses portes d’entrée sont les plaies. Les auteurs citent la chute des feuilles, le débourrement, la récolte et la taille comme sources de blessures. À courte distance, la bactérie se dissémine par la pluie, les aérosols portés par le vent, les insectes et les pratiques agricoles. La grêle, en blessant rameaux et écorce, crée elle aussi des voies d’entrée : c’est après un orage de grêle que l’équipe croate a relevé les symptômes dans sa collection, et c’est après des épisodes de grêle que les foyers de Sidi Bouzid ont été signalés.
Les symptômes à reconnaître
La maladie forme des nodules ou excroissances, principalement sur les tiges et les branches, plus rarement sur les feuilles et les fruits, selon l’étude de 2022. Ces nodules peuvent entraîner le dessèchement de certaines branches et la chute des feuilles, selon l’article de Business News. Les agriculteurs de Sidi Bouzid décrivent des fissures de l’écorce et des nodules.
L’étude de 2022 apporte deux éléments utiles. D’abord, les galles abritent aussi d’autres bactéries non pathogènes, du genre Pantoea, qui ne provoquent pas de galles seules ; inoculées avec Pseudomonas sur la variété croate Oblica, elles ont augmenté la proportion de galles formées. Ensuite, la certification du matériel de plantation repose parfois sur une simple inspection visuelle des galles, qui ne tient pas compte d’une présence possible de la bactérie sans symptômes.
Chemlali, variété très touchée dans une collection européenne
Dans la collection variétale étudiée à Kaštela, en Croatie, 21 variétés ont été observées en novembre 2019, cinq mois après une grêle qui avait blessé les arbres de toutes les variétés. Parmi elles figurait une seule variété tunisienne.
« Le cultivar tunisien Chemlali était le cultivar le plus touché, avec la plus forte incidence de symptômes (catégorie 6). » (traduit de l’anglais)
Gabriela Vuletin Selak et al., Institute for Adriatic Crops and Karst Reclamation (Split) — Microorganisms, 28 juillet 2022
Ce résultat porte sur un seul site, une seule année d’observation et une évaluation visuelle sur au moins quatre arbres par variété. Il ne permet pas de conclure sur le comportement de la Chemlali dans les vergers tunisiens. Dans la même collection, trois variétés italiennes (Coratina, Favarol, Leccino) n’ont présenté aucun symptôme. Les auteurs rappellent qu’aucune variété totalement résistante n’est signalée dans la littérature et que les variétés résistantes sont considérées comme l’une des méthodes de lutte les plus efficaces, même si les données comparatives restent limitées.
La lutte repose sur la prévention
Les stratégies classiques, rappellent les chercheurs, visent à réduire les populations bactériennes : taille des branches atteintes et traitement avec des composés cuivrés. En laboratoire, les souches étudiées se sont montrées très sensibles aux sels de cuivre. Pour les nouvelles plantations, ils soulignent l’importance des programmes de certification sanitaire des plants et des pieds-mères.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- Limiter les blessures : récolte, taille et grêle ouvrent des portes d’entrée à la bactérie ; soyez particulièrement vigilant après un épisode de grêle.
- Tailler les parties atteintes : retirer les rameaux et branches porteurs de galles fait partie des mesures de base ; à Nabeul, les services agricoles demandent d’appliquer des protocoles stricts de prévention lors de la taille et de l’émondage.
- Protection cuprique : les composés cuivrés font partie de la lutte classique ; utilisez exclusivement des produits homologués en Tunisie, selon les recommandations de votre CRDA ou cellule d’orientation.
- Plants certifiés : la bactérie peut être présente sans symptôme ; pour toute plantation, privilégiez du matériel certifié.
- Signaler : en cas d’excroissances, de fissures d’écorce ou de dessèchement de rameaux, contactez votre CRDA pour une évaluation.
Sources
- Vuletin Selak G. et al., « Pseudomonas ST1 and Pantoea Paga Strains Cohabit in Olive Knots », Microorganisms, 10(8), 1529, 28 juillet 2022 — https://www.mdpi.com/2076-2607/10/8/1529
- Business News, « La tuberculose de l’olivier inquiète les agriculteurs, les autorités se veulent rassurantes », 26 octobre 2026 — https://businessnews.com.tn/?p=1425039
- La Presse de Tunisie, « Oléiculture : Le gouvernorat de Nabeul lance sa récolte le 1er novembre avec une prévision de 86 600 tonnes d’olive », 31 octobre 2026 — https://www.lapresse.tn/2026/10/31/oleiculture-le-gouvernorat-de-nabeul-lance-sa-recolte-le-1er-novembre-avec-une-prevision-de-86-600-tonnes-dolive

