La campagne de récolte des dattes 2026-2027 a été officiellement lancée lundi 26 octobre à Kébili, depuis l’oasis Smida relevant du Centre technique des dattes, dans la délégation de Douz Sud. Premier bassin de Deglet Nour du pays, le gouvernorat attend environ 260 000 tonnes, en recul de 20 à 25 % sur un an. Au niveau national, la production est estimée à quelque 354 000 tonnes, alors que les producteurs se plaignent déjà d’une demande faible et de prix insuffisants.
Kébili : moins de volume, une qualité saluée
Selon le commissariat régional au développement agricole (CRDA), cité par l’agence TAP, la récolte de Kébili se répartit en 247 000 tonnes de Deglet Nour et 13 000 tonnes de dattes communes. Le gouvernorat concentre 70 % des superficies oasiennes du pays et assure 75 % de la production nationale de Deglet Nour. Ibrahim Jellouli, chef du service de la vulgarisation et de la promotion de la production agricole au CRDA, a affirmé que « la récolte de cette année se distingue par sa qualité et l’absence d’attaques parasitaires ». Le lancement s’est fait sous la supervision du gouverneur, Moez Laâbidi.
Un recul national d’environ 12 % après une année record
Le directeur général du Groupement interprofessionnel des dattes, Kaïs Ben Arfa [à vérifier : orthographe et organisme varient selon les sources], table sur environ 354 000 tonnes, dont 80 % de Deglet Nour. La saison précédente avait atteint environ 400 000 tonnes (404 000 tonnes selon Webdo, soit une baisse d’environ 12,4 %). Il s’agit d’une estimation, et non d’un bilan définitif, souligne Webdo. La campagne 2025-2026 avait dépassé pour la première fois le milliard de dinars de recettes à l’export, avec plus de 160 000 tonnes expédiées vers 94 marchés selon la TAP.
Sur les prix, le responsable du groupement a été clair : « les prix ne sont pas fixés à l’avance et demeurent soumis à la loi de l’offre et de la demande », a-t-il déclaré à La Presse. Des points de vente directe du producteur au consommateur seront ouverts dans une douzaine de gouvernorats, de novembre jusqu’au ramadan.
Un démarrage dans un marché atone
Au marché de gros de Tozeur, où arrivent les dattes de Tozeur et de Kébili, un commissionnaire, Moez Dhouibi, relevait, dans une dépêche TAP du 23 octobre au soir, que « la demande émanant des exportateurs, des détaillants et des consommateurs reste, à ce stade, faible ». Les producteurs interrogés par la TAP déplorent des prix insuffisants, la hausse des coûts d’irrigation et le manque de liquidités des grossistes et exportateurs ; ils réclament des crédits saisonniers et un allègement des dettes d’irrigation.
Le président de la République, Kaïs Saïed, avait lui-même dénoncé le 21 octobre, en recevant le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, les pratiques de certains intermédiaires qui feraient délibérément baisser les prix d’achat des récoltes, et demandé une intervention urgente en faveur des producteurs.
Des outils pour vendre et financer la récolte
- Crédits BTS : la Banque tunisienne de solidarité a annoncé une enveloppe de 20 millions de dinars de crédits saisonniers pour les petits agriculteurs de Kébili, Tozeur, Gafsa et Gabès. Ils couvrent la cueillette, le stockage et l’entretien des oasis, sans garanties ni autofinancement exigés, à taux fixe, directement ou via les SMSA, les GDA et les sociétés communautaires.
- Marché de producteurs à El Golaâ (Douz Nord) : inauguré le 27 octobre à l’initiative de jeunes bénévoles avec la municipalité, cet espace surveillé permet aux agriculteurs du Nefzaoua d’entreposer leur récolte et de la vendre directement aux commerçants. Une extension à Kébili, Douz, El Faouar et Souk Lahad est prévue.

