De quelle maladie parle-t-on ?
Phyllosticta citricarpa est le champignon responsable de la maladie des taches noires des agrumes. L’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP) l’inscrit sur sa liste A1 des organismes de quarantaine. Sur les fruits tunisiens, les lésions rappellent les formes dites « hard spot » et « fausse mélanose », surtout sur fruits mûrs mais aussi sur fruits encore verts. À Bou Argoub, feuilles et rameaux portaient eux aussi des symptômes lors des prospections de 2021.
Depuis quand est-elle en Tunisie ?
Elle a été confirmée en 2019 dans le gouvernorat de Nabeul. De janvier à juillet 2021, une enquête a visité 50 vergers, notamment à Beni Khalled, Bou Argoub et Menzel Bouzelfa choisis là où la maladie était la plus probable : 12 d’orangers et 38 de citronniers. Des vergers symptomatiques ont été trouvés dans sept localités du Cap Bon et à Chott Mariem, dans le gouvernorat de Sousse. L’équipe de Najwa Benfradj, qui a publié ces résultats en 2024 dans le Journal of Phytopathology, relevait une incidence élevée à Bou Argoub, modérée dans les zones voisines et faible à Soliman.
Où en est-on aujourd’hui ?
Entre 2021 et 2023, de nouvelles prospections ont trouvé des vergers infestés dans six municipalités du Cap Bon et à Akouda, dans le Sahel. Des mesures officielles d’éradication ont ensuite été appliquées pendant cinq ans à tous les vergers touchés.
« Cela a entraîné une baisse drastique de l’incidence de la maladie. » (traduit de l’anglais)
OEPP, Service d’information n° 03-2025, article 2025/071, d’après l’organisation nationale de protection des végétaux de Tunisie (février 2025)
Lors de la campagne 2024-2025, seuls dix vergers restaient infestés, à Bou Argoub et à Grombalia. Les autres zones de production sont déclarées indemnes depuis 2022. Le statut officiel retenu est celui d’une maladie présente seulement dans certaines zones du gouvernorat de Nabeul, sous contrôle officiel.
Pourquoi la maladie reste-t-elle localisée ?
Une étude publiée en 2024 dans Fungal Biology par Renaud Ioos, Sabrine Mannai, Najwa Benfradj, Naima Boughalleb-M’hamdi et leurs coauteurs éclaire ce point. Les chercheurs ont analysé 216 souches isolées de vergers de citronniers en 2021, 2022 et 2023. Un seul type sexuel (MAT 1-1-1) est présent et un génotype représente à lui seul 93 % des échantillons. La population tunisienne est donc clonale, probablement issue d’une introduction récente.
Conséquence : le champignon ne s’y reproduit que de façon asexuée, sans pseudothèces dans la litière de feuilles, ce qui va de pair, selon les auteurs, avec une dispersion relativement limitée. Ils ajoutent une mise en garde : la maladie peut prospérer sous climat méditerranéen même sans reproduction sexuée, ce dont l’évaluation du risque doit tenir compte.
Qu’est-ce que cela implique au verger ?
Le citronnier reste l’espèce la plus exposée en Tunisie, et le secteur de Bou Argoub et Grombalia celui où subsistent les foyers. La maladie étant sous contrôle officiel, un symptôme suspect sur fruit, feuille ou rameau se signale aux services de protection des végétaux du commissariat régional au développement agricole plutôt qu’il ne se traite seul. Ce qu’il manque encore : le nombre de vergers infestés à l’issue de la campagne 2025-2026.
Sources
- Update on the situation of Phyllosticta citricarpa in Tunisia, OEPP, Service d’information 2025/071, mars 2025
- Update on the situation of Phyllosticta citricarpa in Tunisia, OEPP, Service d’information 2024/090, avril 2024
- Mating type and microsatellite genotyping indicate that the Tunisian population of Phyllosticta citricarpa is clonal and thrives only asexually, Ioos et al., Fungal Biology, 10 septembre 2024

