Tristeza des agrumes au Cap Bon : ce que l’on sait du virus, du puceron vecteur et du piège du bigaradier

Citée par la profession parmi les causes de la baisse attendue de la récolte d'agrumes au Cap Bon, la tristeza est un virus officiellement signalé en Tunisie depuis 2021 dans des vergers d'orangers de Béni Khalled et Menzel Bouzelfa. Alors que la campagne 2026-2027 démarre, voici ce que disent les sources officielles et la recherche récente sur sa transmission et sur le rôle du porte-greffe.

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Tristeza des agrumes au Cap Bon : ce que l’on sait du virus, du puceron vecteur et du piège du bigaradier © DR
Agrumes

La campagne d’agrumes 2026-2027 s’ouvre sur des prévisions en baisse au Cap Bon. Interrogé sur Express FM et cité par Business News le 7 octobre 2026, Béchir Aounallah, président de l’union locale de l’agriculture et de la pêche de Béni Khalled, attribue cette baisse sensible à plusieurs facteurs : difficultés d’irrigation, fortes chaleurs, coupures d’électricité et tristeza, une maladie virale des agrumes. Il n’en chiffre pas l’impact. Ce virus, encore peu connu de nombreux arboriculteurs, mérite que l’on rappelle ce qu’en disent les sources officielles et la recherche.

Un virus officiellement signalé à Béni Khalled et Menzel Bouzelfa

Le virus de la tristeza des agrumes (Citrus tristeza virus, CTV) est un closterovirus inscrit sur la liste A2 de l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP). Selon le service d’information de l’OEPP (n° 05-2021), qui reprend le rapport officiel transmis par la Tunisie à la Convention internationale pour la protection des végétaux, des dépérissements ont été observés dans plusieurs vergers d’orangers des délégations de Béni Khalled et de Menzel Bouzelfa, dans le gouvernorat de Nabeul. Les enquêtes de l’organisation nationale de protection des végétaux et des analyses sérologiques et moléculaires ont confirmé la présence du virus.

« Il s’agit du premier signalement confirmé du CTV en Tunisie. » (traduit de l’anglais)

Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes — EPPO Reporting Service n° 05-2021, article 2021/107

Historiquement, l’OEPP rappelle que des infections avaient été signalées dans les années 1960 sur citronnier Meyer et considérées ensuite comme éradiquées. En 2021, le statut officiel retenu était « présent, seulement dans certaines zones, sous contrôle officiel », et des mesures phytosanitaires étaient mises en œuvre pour éradiquer les foyers et empêcher leur propagation. Aucune mise à jour officielle plus récente sur l’étendue des foyers n’a été trouvée [à vérifier].

Le puceron du cotonnier, principal vecteur en Méditerranée

Le CTV se transmet par des pucerons. Selon l’étude publiée en décembre 2022 dans la revue Plants par une équipe du CNR italien (Palerme), le principal vecteur dans le bassin méditerranéen est Aphis gossypii, le puceron du cotonnier. Toxoptera citricida, le vecteur le plus efficace au niveau mondial, répandu en Asie, en Australie, en Afrique subsaharienne, en Amérique centrale et du Sud et dans les Caraïbes, n’est pas présent en Méditerranée, à l’exception de rares détections sur des arbres isolés dans le nord de l’Espagne et au Portugal, selon les auteurs.

Le piège du bigaradier

Le cœur du problème est le porte-greffe. Le bigaradier (Citrus aurantium), autrefois le principal porte-greffe dans presque toutes les régions agrumicoles du monde et encore très répandu dans le bassin méditerranéen, est très sensible au CTV : les orangers greffés sur bigaradier peuvent subir un dépérissement rapide, rappellent les auteurs de l’étude. Les porte-greffes considérés comme tolérants cités dans l’article sont le citronnier Volkamer, le citrange Carrizo et le Forner-Alcaide n° 5.

L’étude, menée en Sicile sur des orangers (Citrus sinensis), apporte un résultat supplémentaire : les pucerons Aphis gossypii se posent de préférence sur les plants greffés sur bigaradier. Les porte-greffes tolérants modifient le profil des composés volatils émis par les feuilles du greffon, ce qui pourrait contribuer à leur tolérance en rendant l’arbre moins attractif pour le vecteur.

« La multiplication des agrumes sur des porte-greffes tolérants au CTV est aujourd’hui considérée comme la seule option viable pour gérer le CTV. » (traduit de l’anglais)

Guarino S., Mercati F., Fatta Del Bosco S., Motisi A., Abbate L., CNR-IBBR Palerme — Plants, 8 décembre 2022

Ces résultats ont été obtenus en Italie : ils concernent le contexte méditerranéen, mais n’ont pas été testés sur les variétés tunisiennes comme la Maltaise.

Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation

  • Un dépérissement d’oranger sur bigaradier sans cause évidente (eau, racines, sel) doit être signalé au CRDA : la tristeza est une maladie réglementée, sous contrôle officiel depuis 2021.
  • Le vecteur en Méditerranée est le puceron du cotonnier (Aphis gossypii), qui, selon l’étude de 2022, se pose de préférence sur les arbres greffés sur bigaradier.
  • Pour toute plantation ou replantation, la recherche considère les porte-greffes tolérants (citrange Carrizo, citronnier Volkamer, Forner-Alcaide n° 5) comme la seule option viable : renseignez-vous sur leur disponibilité en pépinière agréée.

Sources

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Catégories : Actu' Tunisie, Fruits & Légumes

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