En Égypte, le ministère des Ressources en eau et de l’Irrigation prépare l’intégration d’un outil de prévision des cultures à son application de gestion des tours d’eau. L’objectif est de mieux adapter les calendriers de distribution aux besoins agricoles. Pour la Tunisie, engagée dans la modernisation de ses périmètres irrigués, cette démarche apporte un éclairage sur la place des données dans la gestion collective de l’eau.
Connaître les cultures implantées, estimer leurs besoins hydriques, puis organiser la distribution dans les canaux : l’Égypte souhaite rapprocher ces trois étapes au sein d’un dispositif numérique. Dans une annonce relayée le 3 octobre 2026, le ministère égyptien des Ressources en eau et de l’Irrigation présente les évolutions de son application de gestion des tours d’eau et une première version d’un outil de prévision des cultures. Leur intégration doit améliorer la programmation des apports à l’échelle des réseaux.
Le ministre Hani Sewilam a examiné un outil destiné à identifier les types de cultures, leurs superficies et leur localisation, à partir de critères économiques, sociaux, climatiques et hydriques. Selon les informations publiées, ces données doivent permettre une estimation plus précise de la demande en eau dans les différentes zones agricoles. L’application de gestion des tours d’eau aurait ensuite pour fonction de traduire cette demande en calendriers de distribution par canal.
L’ambition porte ainsi sur la coordination entre connaissance des cultures et fonctionnement du réseau. Pour apprécier les résultats futurs, il faudra pouvoir vérifier si les calendriers établis correspondent effectivement aux besoins estimés et aux volumes disponibles. L’annonce présente une orientation de développement ; elle ne démontre pas encore une amélioration mesurée du service d’irrigation.
L’information des agriculteurs constitue l’autre dimension du projet. Les mises à jour de l’application doivent faciliter la saisie et la modification des données par les ingénieurs des services d’irrigation. Les exploitants pourront consulter les dates prévues d’arrivée de l’eau dans les canaux qui les desservent depuis un téléphone mobile. Des notifications doivent également signaler les travaux urgents et les évolutions affectant leurs activités agricoles.
Un enjeu concret pour les périmètres tunisiens
Cette démarche trouve un écho dans les investissements engagés en Tunisie. Le projet de sécurité hydrique, de résilience et de valorisation de l’irrigation, approuvé par la Banque mondiale le 31 mars 2026 et annoncé le lendemain, bénéficie d’un financement de 124 millions de dollars. Il vise à améliorer les services d’eau d’irrigation, les performances des opérateurs et les rendements dans les périmètres publics ciblés.
Les interventions concernent notamment les gouvernorats de Jendouba, Béja, Bizerte et Siliana. Elles associent réhabilitation des infrastructures, renforcement des capacités des organismes agricoles régionaux et des groupements locaux d’usagers, ainsi qu’accompagnement des exploitants. Selon les objectifs annoncés, près de 4 000 agriculteurs doivent bénéficier d’un meilleur service d’irrigation et 9 000 d’un appui en conseil agricole et en valorisation des productions. Il s’agit de bénéficiaires attendus, et non de résultats déjà atteints.
Le contexte hydrique renforce l’importance de ces investissements. Dans une publication du 22 septembre 2026, la Banque mondiale estime la disponibilité annuelle en eau douce renouvelable en Tunisie à environ 380 mètres cubes par habitant. Elle souligne que l’amélioration récente des précipitations et des niveaux des réservoirs apporte un répit, sans résoudre les contraintes à long terme. La réduction des pertes, la numérisation et le renforcement de la gestion de l’irrigation figurent parmi les mesures préconisées.
Des résultats qui restent à documenter
L’expérience égyptienne ouvre donc une piste de réflexion pour la Tunisie : articuler davantage les informations culturales avec la programmation du service d’eau. Cela ne permet toutefois pas de conclure à la possibilité d’une transposition directe, ni d’attribuer au projet tunisien les fonctionnalités annoncées en Égypte.
Les informations disponibles sur le dispositif égyptien ne détaillent pas la méthode de calcul des besoins hydriques, la couverture territoriale ou le calendrier d’intégration des outils. Aucun résultat chiffré sur les économies d’eau n’est présenté. Pour les gestionnaires comme pour les agriculteurs, les prochaines étapes devront préciser comment cette programmation se traduit en livraisons effectives, avec quelle fiabilité et quels bénéfices mesurables.
Sources :
Daily News Egypt, 3 octobre 2026,
Al Shorouk, 3 octobre 2026,
